PORTRAIT PHILIPPE VOITURON, TIMBALIER SOLO

Après s’être formé au Conservatoire Royal de Musique de Mons et au CNSM de Paris,

Philippe Voituron intègre l’Orchestre de Cannes au poste de timbalier solo en 1997. Le 18 décembre prochain, il sera sur le devant de la scène pour interpréter le Concerto pour marimba d’Anders Koppel.

Le mot qui définit le mieux votre instrument ?
La pulsation. Plus que le rythme.

Pourquoi votre instrument ?
J’ai toujours voulu jouer des percussions. Mes parents ne voulaient pas, alors j’ai d’abord fait de la trompette. Mais au bout de trois mois, mon professeur a jeté l’éponge et mes parents m’ont inscrit aux cours de percussions !

Premier souvenir de concert ?
La première fois où j’ai joué avec l’Orchestre de Paris. J’étais encore étudiant au CNSM et un jour, mon professeur m’a demandé si j’étais disponible pour un concert le lendemain. J’y suis allé et là, j’ai découvert que j’allais prendre la partie de timbales ! (En principe, quand on remplace un musicien et qu’on est encore étudiant, on ne fait pas les timbales.) Lors de cette prestation, il y a eu un déclic en moi : j’ai réalisé que c’était l’instrument avec lequel j’avais le plus d’affinité et j’ai su que c’était le métier que je voulais exercer.

La plus belle œuvre pour votre instrument ?
La Sonate pour deux pianos et percussions de Bartok. Les parties de timbales et de percussions sont très intéressantes. C’est une œuvre très difficile pour les pianistes, peut-être moins maintenant pour les percussionnistes, mais à l’époque, cette écriture était révolutionnaire.

Dernier coup de cœur ?
Nemanja Radulovic (violoniste qui était en concert avec l’Orchestre le 16 octobre dernier, ndlr). Je dois cependant ajouter que le musicien qui m’a le plus marqué et pour lequel j’ai eu mon plus gros coup de cœur, c’est Nelson Freire. Il est venu jouer avec l’Orchestre il y a quelques années (en 2010, ndlr) le Concerto n°1 pour piano de Chopin et je dois dire qu’il m’a fait découvrir cette œuvre. C’était comme si j’entendais pour la première fois cette œuvre. Je m’en souviens encore !

La musique qui vous fait du bien ?
J’ai deux réponses : soit le silence, soit la musique classique.

Des passions en dehors de la musique ?
La lecture.

Un livre à lire ?
Un des derniers qui m’a vraiment marqué, c’est Le Parfum de Patrick Süskind.

Un message pour notre public ?
N’ayez pas d’appréhension sur les percussions, ce ne sont pas que de la batterie, soyez curieux des sonorités, des timbres et évidemment de la musique à découvrir. Vous entendrez le Concerto pour la main gauche de Ravel comme vous ne l’avez jamais entendu ! Pierre Ruscher a totalement réorchestré l’œuvre pour orchestre de percussions et piano. Il a regroupé certaines percussions pour représenter les instruments originels : les vibraphones à la place de l’harmonie (flûtes, hautbois, clarinettes, ndlr) et des cuivres car tous ces instruments possèdent des couleurs cristallines, et les marimbas pour remplacer les cordes qui sont des instruments aux sonorités plus chaudes. Pour les Tableaux d’une exposition, c’est le même principe mais pour orchestre symphonique et orchestre de percussions ! Si seul l’Orchestre de Cannes jouait sa partie, réécrite par Pierre Ruscher, cela ne marcherait pas et inversement. L’orchestration joue sur les timbres, les sonorités et les couleurs des deux orchestres.
Ce qui sera intéressant, c’est que l’on va d’abord entendre l’Orchestre de Cannes accompagner un concerto pour marimba, ensuite l’Orchestre de Percussions de la Côte d’Azur accompagner un concerto pour piano, et enfin, les deux ensembles pour le grand final ! Cela va être une grande découverte, même pour nous musiciens !

Plus d’informations sur le concert Sympho New Percussions, le 18 décembre 2016 au Théâtre Debussy à Cannes.

* Orchestration : une orchestration, c’est la redistribution exacte des notes, rythmes et toute autre composante d’une partition pour orchestre. C’est la réécriture d’une partition, pour piano par exemple, pour orchestre. On conserve l’ensemble des notes et on les répartit aux différents instruments qui composent l’orchestre. On obtient alors une nouvelle texture sonore. Un exemple célèbre est justement les Tableaux d’une exposition de Moussorgski. Le compositeur a écrit cette œuvre pour piano. C’est ensuite l’orchestration de Ravel qui l’a rendue célèbre.